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Les villes de papier – 2020

Dominique Fortier

Edition Grasset

Dans cet ouvrage , l’autrice québécoise Dominique Fortier nous fait découvrir à travers une magnifique mise en lumière la vie de la poétesse américaine Emily Dickinson (1830-1886).
Ce titre est paru le 9 septembre 2020 et a reçu le prix Renaudot de l’essai en novembre 2020.

Aujourd’hui Emily Dickinson est considérée comme l’une des écrivaine la plus importante du dix-neuvième siècle, celle qui est surnommée la recluse d’Amherst , petit village du Massachussetts y a vécu presque toute sa vie, de son vivant elle n’a publié qu’une dizaine de poèmes alors qu’elle en a écrit toute sa vie près de 1800 .

Mais qui était Emily Dickinson? C’est ce que tente de montrer Dominique Fortier à travers cet essai majestueux.

« Emily à la cuisine prépare le pain. La pâte est douce sous ses doigts, tiède et élastique comme une peau amie. Elle pétrit en un long mouvement, d’avant en arrière, cent fois répété. Avec la soixante-deuxième pression des paumes sur la table, elle s’interrompt, regarde autour d’elle, saisit le sac de farine vide et en déchire un morceau. Elle sort un bout de crayon de sa poche, note quelques mots – seize, exactement, et cinq tirets longs comme des soupirs – puis elle replie le papier, tout petit, jusqu’à ce qu’il ne prenne pas plus de place qu’un ongle dans la poche de son tablier. Elle recommence à pétrir le pain. Soixante-trois.
Dans le tiroir de son bureau, elle range les poèmes griffonnés à la hâte sur les emballages. Quand elle les ressort, elle les reconnaît à l’odeur : certains fleurent la farine, d’autres exhalent un parfum de poivre ou de noix de pécan. Son préféré est au chocolat. »

Mon avis :

J’ai toujours été intriguée par la vie d’Emily Dickinson , qui était-elle ? Et pourquoi vivait-elle recluse à la fin de sa vie?

Ainsi, quand j’ai découvert cet ouvrage je me suis laissée tenter, car en l’espèce Dominique Fortier autrice que je ne connaissais s’est penchée dans son cinquième roman sur cette femme mystérieuse , passionnée par les mots, l’écriture, la nature , mais qui était réellement apeurée par la mort , la maladie, le monde extérieur.


Ses poèmes sont aujourd’hui considérés comme étant parmi les plus beaux des Etats-Unis. Ainsi, Dominique Fortier va imaginer ce que aurait été la vie de la poétesse à travers cet hommage .

Mais comment rendre hommage à une femme dont on se sait presque rien? D’elle on n’a qu’une photo , il faut donc imaginer , essayer de restranscrire ses pensées et laisser place à l’imagination.

C’est presqu’une enquête en huis clos car Emily Dickinson ne sort pas de sa maison, elle vit entre sa maison et son jardin avec ses fleurs et ses plantes , ses seuls contacts humains sont avec les siens , sa famille.

A l’instar d’Emily Brontë cette claquemurée peut ainsi observer et faire attention aux détails car le temps lui est donnée, après s’être occupée des tâches ménagères , elle peut prendre son temps et observer tout ce qui l’entoure avec des yeux objectifs, des yeux non saturés ou influencés par ce qui se passent à l’extérieur, son regard est vierge .

A lecture de cet ouvrage nous sommes dans un monde différent , au sein duquel la lenteur s’installe , le temps s’arrête car nous rentrons dans le monde de la poétesse.

C’est grâce à cette façon de vivre qu’elle a autant écrit mais elle ne cherche pas à ce que tout le monde le sache . Elle ne voulait pas être publiée, mais elle partageait sa passion avec ceux qu’elle pensait pouvoir la comprendre en leur faisant lire ses poèmes qu’elle écrivait au dos de ses recettes de cuisine.

Mais il faut savoir qu’Emily était prête à s’ouvrir au monde car quand elle rencontra un homme , elle s’apprêtait à se marier avec lui cependant il mourut quelques semaines avant leur mariage.

C’est à partir de ce moment qu’Emily se replia encore plus sur elle-même de sorte qu’elle ne sortit plus de sa chambre, d’ailleurs elle assista aux funérailles de son père de sa chambre la porte entrouverte .

Car pour elle encore une fois , celle que la mort terrifiait avait encore frappé.

Le travail de l’autrice est maitrisé, elle permet au lecteur de rentrer dans cet univers, ainsi à travers les pages on comprend pourquoi .

Pour arriver à un tel résultat elle a dû se rendre dans les lieux habités par Emily Dickinson , elle a dû lire ses poèmes, les lettres et même voir les maisons photographiées de son enfance.

Cet ouvrage est un coup de coeur pour ma part, car c’est un ouvrage délicat, empreint de grâce , je n’ai pas pu m’arrêter durant ma lecture car le temps s’immobilise et une lenteur loin du monde extérieur s’installe.


Et vous l’avez-vous lu?

Ma note :

❤️❤️❤️❤️❤️

5/5

jessica

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