Maryse Condé

Editions Pocket

Maryse Condé, dite Maryse Condé, née Boucolon le 11 février 1934 à Pointe-à-Pitre est morte le 2 avril 2024 à Apt, est une journaliste, professeure de littérature et écrivaine française, se réclamant de l’indépendantisme guadeloupéen.

Dans Le Cœur à rire et à pleurer, Maryse Condé raconte son enfance en Guadeloupe. À travers une série de récits courts, elle évoque ses souvenirs d’enfance, sa famille, son éducation et la société coloniale dans laquelle elle grandit.

Issue d’un milieu bourgeois et instruit, la jeune Maryse reçoit une éducation exigeante, centrée sur la culture française. Pourtant, très tôt, elle ressent un décalage entre ce qu’on lui apprend à admirer et la réalité de son identité antillaise. Elle observe les contradictions de ses parents, le poids des apparences, les non-dits, ainsi que le racisme parfois subtil, parfois plus brutal qui traverse la société.

Chaque chapitre met en lumière un épisode marquant de son enfance : des scènes familiales, des rencontres, des humiliations, mais aussi des moments de tendresse et d’apprentissage. Peu à peu, l’enfant prend conscience de la complexité de son identité et du regard porté sur elle.

Leurs plateaux en équilibre sur la hanche, les garçons de café voletaient autour de nous remplis d’admiration comme autant de mouches à miel. Ils lâchaient invariablement en servant les diabolos menthe:

  • Qu’est-ce que vous parlez bien le français !

Mes parents recevaient le compliment sans broncher ni sourire et se bornaient à hocher du chef.

Mon avis :

Ce livre n’est pas seulement un récit autobiographique : c’est une réflexion sur la construction de soi, sur l’héritage colonial, et sur ce que signifie grandir entre plusieurs cultures.

Dans ces récits d’enfance, Maryse Condé ne cherche pas à embellir ses souvenirs. Elle raconte son enfance en Guadeloupe avec une lucidité presque désarmante. Ce n’est ni une enfance misérable ni une enfance idéale. C’est une enfance traversée par les contradictions : le confort matériel, l’éducation exigeante, mais aussi le poids du regard colonial, le racisme intériorisé, les silences familiaux.

Ce qui m’a profondément touchée, c’est cette manière d’explorer l’identité sans colère tapageuse, sans discours militant appuyé. Juste avec une honnêteté bouleversante.
La petite Maryse observe le monde des adultes, leurs ambitions, leurs illusions, leurs contradictions. Et derrière chaque anecdote se dessine une question immense : qui suis-je dans un monde qui ne me reflète pas vraiment ?

J’ai aimé cette écriture sobre, élégante, presque retenue. Elle laisse au lecteur l’espace pour ressentir. Par moments, j’ai souri. À d’autres, j’ai ressenti un pincement au cœur. Parce que ces récits parlent d’enfance, oui mais surtout de construction de soi, de honte et de fierté mêlées, de la difficulté d’aimer ses racines quand on vous apprend à les minimiser.

Etant antillaise tout comme l’autrice je me suis sentie proche de ce récit car ce livre m’a donné l’impression de feuilleter un album de souvenirs fragile et précieux. On y découvre une voix qui se cherche, qui doute, qui comprend peu à peu. Et c’est peut-être cela qui le rend si puissant : il ne donne pas de leçon, il raconte une expérience, intime et universelle à la fois.

En définitive, Le Cœur à rire et à pleurer est une lecture douce et lucide.
C’est un texte court, mais profond.
Un livre qui rappelle que grandir, c’est souvent apprendre à regarder son histoire en face sans cesser d’aimer.

Et vous connaissiez-vous ce récit d’enfance de Maryse Condé ?

Ma note :

❤️❤️❤️❤️❤️

5/5