Rebecca F. Kuang

Editions PAL
Rebecca F. Kuang, plus connue sous le nom de R. F. Kuang, née le 29 mai 1996 à Canton dans la province du Guangdong en Chine, est une autrice sino-américaine de fantasy et de fiction contemporaine
Yellowface, publié en 2023, est sans doute l’un des romans les plus commentés de ces dernières années et pour cause : R.F. Kuang y dissèque avec une précision chirurgicale les dérives de l’industrie du livre, l’appropriation culturelle et la violence des réseaux sociaux.
June Hayward et Athena Liu sont deux jeunes autrices qui ont débuté ensemble. Mais la comparaison s’arrête là. Athena est une étoile montante d’origine asiatique, encensée par la critique, richissime et adulée. June, elle, est invisible, accumule les échecs et ronge son frein dans l’ombre.
Un soir, lors d’une soirée un peu trop arrosée, Athena meurt étouffée sous les yeux de June dans un accident complètement absurde. Seule dans l’appartement de sa « copine », June tombe sur le manuscrit inédit d’Athena : un chef-d’œuvre historique sur les travailleurs chinois durant la Première Guerre mondiale.
June prend alors une décision radicale : elle vole le manuscrit, le réécrit en partie, l’envoie à son agent et le publie sous le pseudonyme ambigu de Juniper Song, s’inventant au passage des origines ethniques floues. Le succès est immédiat, planétaire. Mais le mensonge est une bombe à retardement, et sur les réseaux sociaux, les premiers soupçons commencent , son secret est-il en danger ?
Twitter fait de nous tous des juges enthousiastes mais non qualifiés.
Mon avis :
L’écriture est ce que nous possédons de plus proche de la véritable magie. Elle permet de créer quelque chose à partir de rien, d’ouvrir des portes vers d’autres pays. Elle donne le pouvoir de façonner son propre monde quand le vrai est trop douloureux.
Ce qui rend ce livre absolument génial (et profondément dérangeant), c’est le choix de la narratrice. Tout est écrit du point de vue de June. C’est un personnage profondément antipathique, jaloux et de mauvaise foi, et pourtant… R.F. Kuang réussit le tour de force de nous faire entrer dans sa tête. June passe son temps à se trouver des excuses, à s’auto-persuader qu’elle a mérité ce succès et qu’elle a rendu service à Athena en « sublimant » son texte. On aime la détester, et on assiste, fasciné, à sa paranoïa grandissante.
Yellowface est un roman coup-de-poing, brillant et dérangeant. J’ai aimé la manière dont Kuang joue avec les codes du thriller pour mieux dénoncer les hypocrisies du milieu littéraire.
Les thèmes forts du roman sont :
- Le tribunal des réseaux sociaux : La description de la « cancel culture » sur Twitter/X et TikTok est d’une justesse effrayante. On voit à quel point une réputation se fait et se défait en un clic, entre vagues de haine et manipulations algorithmiques.
- Le cynisme du monde de l’édition : R.F. Kuang (qui connaît très bien le milieu) nous montre l’envers du décor où le marketing, le « storytelling » et la rentabilité comptent parfois plus que la qualité littéraire.
- L’appropriation culturelle et le racisme systémique : Une autrice blanche peut-elle raconter l’histoire de la souffrance du peuple chinois ? Le livre pose la question sans filtre, tout en égratignant le faux militantisme de façade.
En définitive, Yellowface est un page-turner addictif, grinçant et terriblement moderne. C’est cynique, c’est rythmé, et ça pousse à la réflexion bien après avoir tourné la dernière page. Une lecture indispensable pour tous les amoureux des livres… et du drama !
Et vous, vous l’avez lu ? Est-ce qu’il est dans votre pile à lire ? Dites-moi en commentaire si le personnage de June vous a autant fait grincer des dents que moi !
À très vite pour de nouvelles aventures livresques,
Jessica 🌸
Ma note :
❤️❤️❤️❤️
4/5