André Schwartz-Bart

Editions Points

Abraham Szwarcbart, alias André Schwarz-Bart, naît à Metz, en Moselle, le 23 mai 1928. Issu d’un milieu modeste, sa langue maternelle est le yiddish. 
Lors de l’invasion allemande, ses parents et deux de ses frères sont déportés, dès 1943 il entre en résistance . Il est l’auteur du Dernier des justes (prix Goncourt 1959) et d’Un plat de porc aux bananes vertes , coécrit avec son épouse Simone Schwartz-Bart, qui constitue le prélude de la Mulâtresse Solitude.

La Mulâtresse Solitude est un court roman fort et poignant qui nous plonge dans une page sombre et héroïque de l’histoire antillaise. Inspiré de la vie réelle et légendaire de Solitude, une femme guadeloupéenne du XVIIIᵉ siècle.

Solitude, née d’une mère africaine victime de la traite esclavagiste et d’un père blanc, entre deux mondes . Dans un monde colonial où la couleur de peau détermine la place sociale, elle porte en elle une énergie intense et une profonde aspiration à la liberté.

Son parcours la mène des cuisines des maîtres blancs jusqu’aux camps des marrons, ces communautés d’esclaves échappés qui résistent dans les montagnes guadeloupéennes. Aux côtés de guerriers comme Maïmouni et d’autres résistants, Solitude ne fuit jamais le combat, malgré la répression brutale de l’armée française…

Mon avis :

La mûlatresse Solitude est née sous l’esclavage vers 1772 : île française de la Guadeloupe, Habitation du Parc, commune du Carbet de Capesterre.

Il y a des livres qu’on lit. Et puis il y a ceux qu’on traverse avec le cœur serré.

La Mulâtresse Solitude d’André Schwarz-Bart fait partie de cette deuxième catégorie car c’est un vibrant hommage à une femme de légende de l’histoire des Antilles.

C’est un personnage historique, née du viol de sa mère, transportée sur un navire négrier, par un marin blanc.
Sa fin fut tragique car elle a été pendue en Guadeloupe en 1802 pour son rôle dans une insurrection juste après avoir donné naissance à un enfant revenu aussitôt à des propriétaires réinvestis de leur privilège.

Je connaissais le nom de Solitude, cette figure de la résistance guadeloupéenne, mais je n’avais jamais pris le temps de lire ce roman, alors en refermant ce court roman, j’ai eu le sentiment d’avoir approché une mémoire brûlante, à la fois intime et collective.

Ce qui m’a profondément touchée, ce n’est pas seulement la violence de l’Histoire , le rétablissement de l’esclavage, la traque, la répression mais la manière dont l’auteur redonne chair à une femme que les archives ont à peine retenue. Solitude n’est pas une statue figée dans le marbre. Elle doute, elle aime, elle souffre. Elle est enceinte au cœur du chaos. Elle est vulnérable et pourtant inébranlable.

Le roman ne cherche pas l’effet spectaculaire. Il avance avec une gravité contenue, presque silencieuse. L’écriture est sobre, parfois poétique, toujours digne. On sent que l’auteur écrit pour réparer un oubli, pour faire entendre une voix effacée par l’Histoire officielle.

J’ai particulièrement été marquée par cette idée : résister, ce n’est pas seulement combattre les armes à la main. C’est refuser intérieurement l’humiliation. C’est rester debout quand tout est fait pour vous courber.

Bien sûr, le texte est court. Certains auraient peut-être aimé plus de développement historique, plus de détails sur les événements. Mais cette brièveté donne aussi au récit une intensité particulière : chaque scène semble concentrée, essentielle.

Alors on peut se demander pourquoi lire ce livre aujourd’hui ?

Il faut lire ce livre parce qu’il rappelle que la liberté n’a jamais été un acquis, parce qu’il met en lumière une figure féminine trop souvent absente des récits officiels et enfin parce qu’il oblige à regarder en face une partie douloureuse de l’histoire française.

La Mulâtresse Solitude n’est pas une lecture confortable. C’est une lecture nécessaire.

Et vous connaissiez-vous cette figure légendaire de l’histoire des Antilles ?

Ma note :

4/5

❤️❤️❤️❤️